lundi 30 mars 2009
vendredi 27 mars 2009
Non à la guerre et à l'impérialisme – Non à l’OTAN

A l'occasion du soixantième anniversaire de l'OTAN, nous vous appelons à venir manifester à Strasbourg le 4 avril 2009 contre les politiques militaires et nucléaires agressives de l'OTAN et à participer au contre-sommet pour affirmer qu'un monde de justice et de paix est possible.
Nous l’affirmons avec force: la France doit renoncer à son intégration dans le commandement militaire de l'OTAN. Elle doit rompre avec une politique aux visées dominatrices méprisant les droits des peuples.
Nous refusons la vision dangereuse et manichéenne de la "guerre des civilisations" et toutes réponses militaires aux crises mondiales et régionales.
Nous rejetons la course aux armements et refusons de vivre dans la crainte du recours à l'arme nucléaire. Il est inacceptable que les dépenses militaires engloutissent l’argent nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux de l’humanité ; d’autant plus que les gouvernements voudraient faire payer aux peuples les dégâts du libéralisme financier
Nous exigeons la fermeture des bases militaires étrangères dans tous les pays. Pour construire un monde plus sûr et plus juste, nous voulons démilitariser et démocratiser les relations entre les peuples et établir de nouvelles formes de solidarité et de coopération.
En Afghanistan, le bilan de l’occupation militaire est dramatique. Les populations afghanes doivent retrouver els moyens de décider de leur avenir. Il est temps de mettre en oeuvre une solution politique internationale fondée sur l’aide d’urgence et la reconstruction dans le respect des droits du peuple afghan, en particulier des droits des femmes. Nous demandons le retrait du dispositif militaire français des troupes de l’Otan.
Fait à Paris le 22 octobre 2008
Signataires : Union Pacifiste de France, collectif "la guerre tue" (Toulouse), Les VERTS, Collectif Faty KOUMBA : association des libertés, droits de l'homme et non-violence, MARS GR, PCF, ATTAC, ACDN, Alternative libertaire, les Alternatifs, FSU, M’PEP, Union pacifiste, ATTAC, Droit-Solidarité, PCOF, MRAP, NPA, Parti de Gauche, UJFP, le Mouvement de la Paix, ACG, Collectif des Iraniens contre la guerre, ACCA, IPAM/CEDETIM, AAW, ARAC, Coordination européenne pour la marche mondiale des femmes.
Le NPA, dans les entreprises, avec les salariés, pour la mobilisation !

F. Chérèque déclare : «des militants NPA font le tour des entreprises en difficulté, ça fait un peu rapace, ils attendent la misère pour agir (...) nous, on agit au quotidien».
Le Figaro titre «Olivier Besancenot et l’extrême gauche veulent politiser le 19 mars ».
Pourquoi tant de haine ?
Si la politisation est importante c’est que la crise dévoile la brutalité du système. Les capitalistes frappent encore plus durement les salariés pour tenter de trouver une issue à la crise qu’ils ont provoquée. La légitimité du capitalisme qui engraisse les actionnaires, appauvrit et précarise les plus pauvres est profondément contestée. La politisation est aussi due à Sarkozy qui incarne parfaitement la morgue de la classe dirigeante, sans fusible entre lui et la colère que sa politique provoque. Massivement rejeté, il concentre sur sa personne l’envie d’en découdre. Il est alors impératif pour ceux qui gouvernent et veulent à tout prix éviter une crise politique ouverte, d’allumer des contre feux, de faire diversion, c’est la principale fonction de ce feu croisé contre le NPA.
Mais puisque ces messieurs se retrouvent pour nous contester le droit d’intervenir sur le champ social, répondons sur le fond.
Nous refusons la division entre le social qui serait le domaine du syndicalisme, malheureusement trop souvent réduit à l’accompagnement et à la négociation entre « partenaires » sociaux, et la politique, comprendre les élections, qui seraient le terrain privilégié, voire le seul terrain d’action des partis. Ce n’est notre conception ni des luttes sociales, ni du combat politique. Le rôle de notre parti n’est pas de gérer les institutions faites par et pour ce système. Quand nous nous présentons aux élections, quand nous avons des élus c’est pour porter le même programme anticapitaliste, le même projet de société que nous défendons dans les luttes. C'est pour cela que nous ne pouvons qu’être indépendants du Parti socialiste. Nous construisons le NPA comme un outil pour résister et lutter dans les entreprises, les quartiers populaires, la jeunesse, parce que, comme nous l’avons écrit dans nos principes fondateurs : « Pour changer le cours de l’histoire, il faut que la majorité de la population, (…) prenne conscience de sa force, en s’organisant sur le lieu de travail ou le quartier, dans un syndicat ou une association, comme au niveau politique … »
La démocratie syndicale veut que les décisions du syndicat soient prises par les syndicalistes eux-mêmes. Les militantes et militants du NPA, qui sont présents au quotidien dans les entreprises, n’en déplaise à M. Chérèque, respectent ce principe tout en défendant leur point de vue pour la convergence des luttes, pour une plate-forme revendicative offensive, pour la construction de la grève générale.
Il n’y a pas de champs réservés. Aujourd’hui, pour construire le rapport de force, il est indispensable que toutes les forces tirent dans le même sens. De multiples collectifs de mobilisation, rassemblant des partis, des organisations syndicales et des associations, se sont créés et se créent dans des villes et régions pour unir les colères, faire force et nombre, contre les licenciements, contre la vie chère ou en défense des services publics. Le NPA a fait des propositions à tous les partis de gauche pour agir ensemble, proposer des perspectives, soutenir et populariser les luttes des salariés. Malheureusement cette proposition n’a pas été reprise. Alors, si le PCF appelle au respect des choix syndicaux, si Marie-George Buffet dit, « nous ne cherchons pas à remplacer les syndicats", ce n’est pas par respect de l’indépendance, mais fondamentalement parce qu’elle est d’accord avec la stratégie et que pour elle l'écart entre les deux manifestations (du 29 janvier et du 19 mars) « n'est pas un problème ». La direction du PCF ne veut pas d’une issue politique ouverte par la mobilisation, sa perspective reste électorale, sont horizon est, comme elle le dit elle-même : « le rassemblement des forces politiques de gauche dans le front de gauche pour les européennes de juin ».
Alors oui, mille fois oui, nous assumons, le NPA est et sera présent dans et devant les entreprises, le NPA met et mettra toutes ses forces pour construire la grève générale. Les patrons font tous les jours de la politique, mènent la lutte de classe et imposent leur conception de la société, partout et d’abord dans les entreprises, à coup de licenciements, de chômage technique, de dégradation des conditions de travail, de blocage des salaires… Les journées de grève et de manifestation des 29 janvier et 19 mars montrent notre force. Le problème ce n’est pas que le NPA politise, mais qu’un dirigeant syndical comme M. Chérèque, interrogé sur sa crainte d'un "embrasement social", réponde : "Je ne le crains pas pour l'instant et je le souhaite évidemment pas. (...) Aucune grande confédération ne veut aller dans ce sens et l'intersyndicale est assez solide pour canaliser les tensions".
Nous sommes nombreux et nombreuse à vouloir lui donner tord, et pas seulement au NPA !
Négociations sous pressions à La Réunion

L’île de la Réunion a connu, le 19 mars, une nouvelle journée de grève massive. Eric Soret, enseignant, est syndicaliste à la FSU et militant du NPA réunionnais.
Après le succès de la troisième grève générale, le 19 mars, où en est le mouvement?
Notre mobilisation a commencé le 5 février. En un mois, nous avons réussi trois grèves générales massives, le 5 mars, avec 30000 grévistes, le 10 mars, avec 10000 grévistes, et le 19 mars, avec 8000 à 10000 grévistes. Nous sommes aujourd’hui à un moment charnière. La plateforme du Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de la Réunion (Cospar) comporte 62 revendications relatives à de nombreux domaines. La bataille essentielle porte sur l’augmentation de 200 euros des bas salaires, des minima sociaux, des bourses d’étudiants et des petites retraites ainsi que sur la réduction de 20% de 500 produits de consommation courante. Nous demandons aussi la baisse de l’essence (de 10 centimes) et du gaz (5 euros) ainsi que le gel des loyers des logements sociaux et l’augmentation de l’allocation logement. Aujourd’hui, des avancées ont été arrachées grâce aux mobilisations massives, mais elles restent insuffisantes et aucun accord n’a encore été signé.
Quels sont les points de blocage dans les négociations?
Les discussions entre le Cospar et la préfecture sur la question des prix ont repris lundi 23 mars. Sur les salaires, le pouvoir nous propose un montage financier dans lequel l’Etat verserait 100 euros et le patronat une prime de 1,6 euro par jour, soit 50 euros par mois. Il manque donc 50 euros pour arriver à 200. Les accords Bino, signés en Guadeloupe, ne sont pas transposables à la Réunion car, ici, les collectivités territoriales ne veulent pas participer au montage financier. Nous nous battons aussi pour que l’accord sur les salaires soit pérenne au-delà de trois ans. Nous demandons que la part patronale vienne remplacer la part de l’Etat au bout de trois ans pour que ces augmentations correspondent totalement à des augmentations de salaire.
Le préfet estime que l’effort de l’Etat, 100 millions sur les bas salaires, est déjà «un beau cadeau». Il n’est pourtant que la traduction à la Réunion de l’application du RSA partout en France. La responsabilité de l’Etat est totalement engagée sur la question des minima sociaux et les réponses apportées sont aujourd’hui insuffisantes: 31000 petites retraites, 68000 Rmistes, 13000 parents isolés, 8500 handicapés attendent que leur situation s’améliore dès maintenant. En ce qui concerne la baisse des prix, la grande distribution fait tout pour faire traîner les négociations. Leur dernière proposition est une liste de 80 produits avec des réductions allant de 5 à 14%. Nous sommes loin de notre demande de 20% sur 500 produits et nous avons donc décidé de continuer nos opérations coup-de-poing contre les grandes surfaces et de consulter les Réunionnais sur la liste des produits à baisser. Pour donner une idée des profits des grandes distributions et des gros importateurs, il faut savoir, par exemple, qu’un petit pot alimentaire pour bébé coûte à la Réunion deux fois plus cher qu’en métropole.
Ces revendications correspondent à une situation sociale profondément dégradée. Aucun autre département français ne compte autant de chômeurs, de Rmistes, de bénéficiaires de la CMU, de jeunes sur le carreau et de personnes âgées sans ressources. Si la Corrèze ou les Midi-Pyrénées étaient dans notre cas, un plan national de sauvetage aurait été décidé comme pour le nord de la France au moment de la crise de la sidérurgie. La misère serait-elle moins pénible au soleil?
Quelles sont les perspectives et les actions envisagées?
La venue du Premier ministre, François Fillon, à la Réunion, dans le cadre des états généraux de l’Outre-mer sera évidemment un temps fort en ligne de mire de notre mobilisation. Nous mettons actuellement en place des comités locaux du Cospar pour être au plus près de la population. Mais nous avons aussi conscience de ne pas être, du point de vue du niveau de la mobilisation, dans la même problématique que la Guadeloupe. Nous partons des mesures d’urgence, qui sont très bien soutenues dans un pays où 52% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, deux habitants sur dix perçoivent le RMI et où le chômage touche 33% de la population active. La population attend des réponses concrètes. Si l’Etat et les patrons s’y refusent, il ne nous reste que la rue, la grève et, pour certains, la révolte. L’unité et la détermination du Cospar sont intactes.
G 20 : ne pas les laisser continuer !

Face à la supercherie du G20 du 2 avril à Londres, le mouvement altermondialiste se doit de tracer les contours d’une alternative anticapitaliste.
Le G20 réunit les pays du G8 Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russieainsi que l’Afrique du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l’Indonésie, le Mexique, la Turquie et l’Union européenne auxquels il faut aouter la Banque centrale européenne, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
Pour comprendre l’enjeu de ce nouveau sommet, il est utile de se référer à la déclaration officielle du dernier sommet du G20 qui s’est tenu en novembre 2008, en pleine crise, à Washington: «Nous serons guidés dans nos travaux par la conviction commune que les principes du marché, des économies ouvertes et des marchés financiers correctement réglementés favorisent le dynamisme, l’innovation et l’esprit d’entreprise qui sont indispensables à la croissance économique, à l’emploi et à la réduction de la pauvreté. Durant la période de croissance mondiale soutenue, d’essor de flux de capitaux et de stabilité prolongée qui a marqué les débuts de cette décennie, les acteurs des marchés ont cherché à obtenir des rendements plus élevés sans évaluer les risques de façon adéquate et sans faire preuve de la vigilance requise.».
En gros, on continue comme avant, mais il faut mieux réglementer les marchés financiers. Sauf que si les marchés financiers occupent une telle place dans l’économie mondiale, c’est bien la conséquence des politiques, initiées par Reagan aux Etats-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne et reprises par tous les gouvernements, qui ont consisté à diminuer de l’ordre de 10% la part des salaires dans les richesses produites, à laminer les services publics, les systèmes de santé, de protection sociale et des retraites.
Et c’est bien aux racines de cette politique-là qu’il faut aujourd’hui s’attaquer. Il ne s’agira pas de se laisser illusionner par les discours enflammés que ne manqueront pas de faire Obama, Sarkozy et Compagnie contre des paradis fiscaux.
Car la première mesure sérieuse à prendre serait la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle social du secteur bancaire. Elle seule permettrait une réelle levée du secret bancaire et le contrôle et la traçabilité des opérations financières.
Il s’agit aussi, face à la tentative du G20 de relooker un système économique défaillant et mortifère, de défendre un programme d’urgence au coeur duquel doivent figurer la diminution du temps de travail, une redistribution massive de la richesse au profit du plus grand nombre, le droit à la souveraineté alimentaire, le retrait de toutes les troupes d’occupation et la préservation des grands équilibres écologiques.
Ce sont ces exigences que les mobilisations qui se dérouleront dans le monde entier à l’occasion de la tenue du G20, le 28 mars, feront entendre.
Manifestation et actions de rue contre le G20, samedi 28 mars, 14 heures, place de l’Opéra.
Communiqué du NPA. Chômage ras le bol.
Sur les deux premiers mois de l'année 2009, les satistiques officielles enregistrent 170 00 chômeurs de plus.
Le chômage frappe durement les jeunes, mais pas seulement. La totalité de ceux et celles qui postulent pour un emploi stable à temps plein, en tenant compte de ceux qui ont été rayés des listes, excède très largement les 2,3 millions de chômeurs officiellement reconnus.
Des régions entières sont frappées et deviennent des déserts du point de vue de l'emploi. A tous les plans sociaux frappant les grandes enreprises s'ajoutent des myriades de licenciements chez les sous-traitants et les petites entreprises.
Les discours lénifiants de N. Sarkozy et de son entourage sur le soi-disant plan de relance ce n'est que bonnes paroles et poudre aux yeux. Les salariés de Continental l'ont expérimeté par eux-mêmes quand ils sont venus à Paris et ont été reçus à l'Elysée, mercredi 25 mars. Toutes les mesures législatives et fiscale en faveurs des patrons et des 6 à 7% de la population, qui tient le haut du pavé, restent en place.
Les propos de Geoffroy Roux de Bézieux, président de l'Unedic au titre du MEDEF et ancien dirigeant de l'association « Croissance plus » sur la comparaison des rythmes de croissance du chômage entre 1993 et aujourd'hui tombent complètement à côté de la plaque et sont surtout destinés à noyer le poisson.
Il faut lutter ensemble, salariés et chômeurs, pour la levée du secret bancaire, commercial et industriel, l'ouverture de compte des entreprises qui licencient, l'interdiction des licenciements, l'augmentation des minimas sociaux et des indemnités de chômage qui devraient être versées à tous les chômeurs.
Le 26 mars 2009
USA : emplois, la chute la plus rude depuis les années 1930-31 (par Charles André Udry)

L’ampleur et la rapidité des destructions d’emplois, voilà une des caractéristiques de la récession mondiale présente. Et les records sont loin d’être atteints. Ainsi au début du mois de mars — selon le New York Times et le Wall Street Journal — les grandes entreprises industrielles et les moins grandes, ainsi que celles des services qui y sont reliées, plus la branche de la construction sont les secteurs qui suppriment le plus d’emplois. Le secteur bancaire et financier contribue aussi à l’envol des personnes licenciées.
Mais, il faut y ajouter aujourd’hui : des écoles, des administrations publiques, des bibliothèques. Elles licencient des salarié•e•s. Pour ce « secteur public », ce sont la Californie, l’Illinois, la Pennsylvanie, la Géorgie et le Massachusetts qui sont au premier rang. La réduction des dépenses publiques en est à l’origine.
Dans l’industrie, une firme aussi prestigieuse qu’United Technologies — un conglomérat transnationalisé, basé dans le Connecticut et actif dans l’aéronautique (les hélicoptères Sikorsky, les moteurs Pratt&Whitney) ou la domotique (les ascenseurs Otis, systèmes antifeu, etc.) — annonce, début mars, des « réductions d’emplois » à hauteur de 15 000 pour les États-Unis.
Manpower International, dans son enquête auprès des employeurs sur les perspectives d’engagement de nouveaux employés d’avril à juin 2009, enregistre son résultat le plus plat depuis qu’il établit ce recensement en 1982. Le résultat net est négatif.
La hache pour les emplois
La simple énumération des emplois supprimés entre janvier 2008 et février 2009 (Tableau 1) donne une image de ce qui se passe dans la principale économie capitaliste à l’échelle mondiale.
Tableau 1 — Emplois perdus aux États-Unis (cumulatif)
Janvier 2008 72 000
Février 216 000
Mars 338 000
Avril 498 000
Mai 635 000
Juin 796 000
Juillet 924 000
Août 1 099 000
Septembre 1 420 000
Octobre 1 800 000
Novembre 2 397 000
Décembre 3 078 000
Janvier 2009 3 733 000
Février 2009 4 384 000
(Sources : Wall Street Journal et CNBC)
Le 6 mars 2008, le Bureau of Labor Statistic annonçait que le chômage avait atteint le taux de 8,1 %. Ce résultat valait un grand titre, en première, du quotidien britannique Financial Times (du 7 mas 2009) : « Le nombre de sans-emploi états-uniens est le pire depuis 25 ans ».
Au cours des quatre mois (novembre 2008-février 2009), l’économie américaine a perdu, en moyenne, 600 000 emplois par mois. Pour mieux se représenter la situation, il est utile d’avoir en mémoire la durée, en mois, des récessions enregistrées officiellement aux États-Unis : en 1973-1975 : 17 mois ; 1981-1982 : 16 mois (sans compter la récession de janvier-juillet 1980); 1990-1991 (9 mois) ; 2001 (9 mois) ; décembre 2007 à mars 2009 : déjà 16 mois et l’on est loin d’une relance.
Un graphique (voir ci-dessous) a été établi par l’Economic Policy Institute. Il traduit bien l’ampleur du processus de contraction de l’emploi et surtout son accentuation en cours depuis septembre 2008 ; cela en comparaison avec l’évolution du recul de l’emploi à l’occasion des récessions antérieures.
![]() |
La part de la population employée (qui dispose d’un emploi) a passé de 63,4 %, en décembre 2006 à 60,3 % en février 2009. Cette chute est déjà supérieure à celle enregistrée lors du repli économique des années 1980.
Or, pour maintenir le nombre d’emplois en tenant compte de l’arrivée sur le marché du travail de nouvelles personnes, il aurait fallu augmenter le nombre de postes de travail de 1,8 million depuis décembre 2007.
Ne sont pas comptabilisées, ici, dans les statistiques les personnes incarcérées : 2,7 millions en décembre 2007. Le taux de chômage des Afro-Américains est, en février 2009, de 13,4 % et celui des Hispaniques de 10,9 %; et cela n’est que la pointe de l’iceberg. La « désafiliation sociale », entre autres, d’une fraction de ces populations crée les conditions légitimant une politique carcérale d’une rare brutalité.
Enfin, il faut avoir en mémoire que le chômage se prolonge bien après la fin, formelle, d’une récession, c’est-à-dire lors de la phase dite de relance. On le constatera en Suisse en 2010 et 2011 ; ce qui ne signifie pas que 2010 sonne la fin de la récession helvétique.
En fait, plus de 23,1 millions
Pour disposer d’une mesure plus exacte de la situation de l’emploi, il faut prendre en compte le sous-emploi. C’est-à-dire les personnes qui travaillent à temps partiel et qui cherchent un emploi à temps plein. Or, selon le BLS, le pourcentage de personnes sous-employées a passé de 13,9 % en janvier 2009 à 14,8 % en février. Depuis le début de la récession, le nombre de salariés contraints à un temps partiel — avec la perte de revenu que cela implique, sans même mentionner l’inexistence de couverture sociale, pour l’essentiel — a augmenté de 4 millions. En effet, la statistique indique le chiffre de 8,6 millions pour février 2009, par rapport à 4 millions en décembre 2007.
Au total entre les sans-emploi et les sous-emploi, ce sont 23,1 millions de personnes qui sont frappées par cette pandémie propre au système capitaliste.
A cela s’ajoute le chômage à long terme, c’est-à-dire ceux qui, aux États-Unis, se trouvent sans emploi durant une période de plus de six mois. Il est fort élevé : 23,1 %, ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que le rapport entre les « places vacantes » et les chômeurs et chômeuses est de 1 à 4 (une place vacante pour 4 sans-emploi). Quant aux « personnes découragées » de chercher un emploi, elles ne figurent pas dans les chiffres mentionnés ici.
Or, au cours de cette année, vont se multiplier les faillites, avec leurs effets en cascade. Le volume des emplois qui seront supprimés — en plus de celui déjà effectué — par l’industrie automobile sera énorme ; d’autant plus si l’on prend en compte l’ensemble du secteur (équipementiers, revendeurs, etc.) qui dépend du « noyau dur » que sont, en tant que telles, les firmes GM, Ford, Chrysler, mais aussi Toyota et Honda dont les ventes déclinent fortement.
Dans ce secteur, déjà sinistré, des licenciements massifs débouchent sur des pertes non seulement de salaire, mais aussi d’assurance-maladie et de retraite.
Comme le titrait l’hebdomadaire Business Week : « Le temps du travail pour les personnes à la retraite commence ». Entre autres, celles qui ont perdu leurs « avoirs retraite ».
Ces seuls constats montrent que les « plans de relance » de l’administration Obama sont loin de répondre aux besoins d’emplois, sans même mentionner la qualité de ces emplois.
Cette crise met ouvertement en question la capacité du système capitaliste à répondre aux besoins sociaux. Et la brutalité avec laquelle ce système traite les êtres humains (les « ressources humaines » !) n’est qu’une autre facette de la rudesse avec laquelle il « épuise les ressources de la planète ».
Le 16 mars.
vendredi 13 mars 2009
Conférence : "Féminisme et anticapitalisme, quelles convergences ?" (lundi 16 mars, 19h)

Nous sommes heureux de vous inviter à la conférence organisée par le comité NPA de scpo, la revue ContreTemps et la société Louise Michel, conférence qui aura lieu lundi 16 mars à partir de 19h, amphi Leroy-Beaulieu (27 rue Saint-Guillaume).
jeudi 12 mars 2009
La colère des universités
Article paru dans Convergences révolutionnaires, le 7 mars 2009
Depuis le 2 février, plus tôt pour certaines d’entre elles, la quasi-totalité des universités françaises sont en grève au moins partielle et souvent totale. Ce mouvement est exceptionnel par son ampleur dans une catégorie de salariés très rarement mobilisés. Ce sont en effet d’abord les enseignants-chercheurs des universités qui se sont mis en grève, rejoints ensuite par leurs étudiants et par les autres salariés des universités. Commencé comme un mouvement sur des objectifs restreints et délimités, il se développe et affiche aujourd’hui clairement sa volonté de s’élargir vers un mouvement du service public de l’éducation. Au-delà, il pose le problème de ce que devrait être un mouvement d’ensemble capable de faire échec à la politique globale du gouvernement.
Au début, il y eut la LRU...
La LRU prévoit que les universités seront autonomes dans leur gestion et devront diversifier leurs financements en faisant appel à l’argent du secteur privé. Elle réforme très profondément le fonctionnement interne des établissements en donnant un pouvoir quasi discrétionnaire aux présidents des universités. Les conséquences prévisibles sont le développement des inégalités, avec d’un côté des facs riches qui pourront trouver des partenariats lucratifs avec les grosses entreprises, de l’autre des facs pauvres qui ne pourront plus dispenser qu’un enseignement au rabais parce que les matières qu’elles enseignent n’intéressent pas les entreprises. Pour les étudiants, cela signifiera à terme une augmentation très forte des droits d’inscriptions qui deviendront une des sources de financement des universités et une baisse de qualité des diplômes pour ceux qui ne trouveront pas − ou ne pourront pas payer − de places dans les meilleurs établissements. Pour les personnels, c‘est la promesse d’une dégradation significative de leurs conditions de travail, de l’arrivée en force des méthodes de management par la performance inspirées du privée et, surtout, d’un accroissement de la précarité qui est pourtant déjà un des problèmes majeurs dans les universités.
...ensuite, les décrets
Le 10 février, une manifestation nationale à l’appel de la coordination rassemble 50 000 personnes à Paris, 100 000 dans toute la France, du jamais vu pour une manifestation du monde universitaire, en l’absence − pour l’instant − d’une forte mobilisation étudiante.
Dans les motions de la première coordination, les revendications du mouvement étaient centrées presque exclusivement sur le retrait des deux décrets. C’est leur parution qui a déclenché la colère et c’est cette revendication qui fait l’unité des enseignants-chercheurs. C’est aussi le reflet d’une illusion largement répandue selon laquelle en restant limité à ces objectifs précis et délimités, le mouvement pourrait obtenir une victoire très rapide. Mais, très vite, cette idée entre en conflit avec la conscience de la nécessité d’élargir au-delà des enseignants-chercheurs, et d’abord aux autres catégories de l’université, les personnels non enseignants (personnels Biatoss pour bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, services et santé) et les étudiants.
De la maternelle à l’université... et au-delà ?
Il y a bien sûr aussi en ligne de mire la journée du 19 mars qui, indépendamment des calculs des organisations syndicales, pourrait être un moment important pour se retrouver bien plus largement dans la rue et faire la démonstration de la nécessité de lutter ensemble sur des objectifs qui sont, au fond, les mêmes. Lutter contre les restrictions dans les services publics et les suppressions de postes, cela veut dire lutter contre le chômage, les salaires bloqués, la précarité et les conditions de travail qui se dégradent alors que le gouvernement met l’argent public massivement au service des intérêts privés et de la sauvegarde des profits patronaux. Un programme qui pourrait, en somme, être celui de tout le monde du travail, public, privé et toutes catégories confondues.
Vincent BERGER, le 25 février 2009
La réforme contestée consiste d’une part à faire évaluer la recherche par les instances locales des universités alors qu’elle l’est aujourd’hui par des organismes nationaux indépendants et, d’autre part, à donner aux présidents d’université la possibilité de « moduler » le service d’enseignement en fonction de la qualité de la recherche de chacun. Dans un contexte de réduction des postes et des budgets, il est évident que cela veut dire rapidement des augmentations de charges de cours pour les enseignants. Cela veut dire aussi que des cours aujourd’hui comptés comme heures supplémentaires seront demain intégrés dans des services alourdis. En clair, il s’agit de travailler plus pour gagner moins.
La mastérisation des concours
Avec la mastérisation des concours, ils seront recrutés au niveau master, c’est-à-dire à Bac + 5 ce qui permet à l’État d’économiser l’année de stage rémunéré. Ils seront ensuite directement envoyés dans les classes avec un service complet. Cela fait craindre d’une part une baisse de qualité de leur formation et, d’autre part, une forte augmentation de la précarité. Si le passage du concours ne garantit plus une formation spécifique, pourquoi en effet ne pas embaucher directement des profs précaires plutôt que de recruter des fonctionnaires qui auront de toute façon la même formation ?
Ce n'est - vraiment - qu'un début
Quand on cesse de croire à l’incroyable, une crise de légitimité, idéologique et morale, s’ajoute à la crise sociale. Elle finit par ébranler l’ordre politique. La crise actuelle, la crise du présent, n’est pas une crise de plus, qui s’ajouterait à celles des marchés asiatiques ou de la bulle Internet.
Crise de foi
C’est une crise historique - économique, sociale, écologique - de la loi de la valeur, une crise de la mesure et de la démesure. La mesure de toute chose par le temps de travail abstrait est devenue, ainsi que Marx l’annonçait dans les Manuscrits de 1857, une mesure « misérable » des rapports sociaux. « Les deux crises économique et planétaire ont un point commun, constate Nicholas Stern, auteur en 2006 d’un rapport sur l’économie du changement climatique. Elles sont la conséquence d’un système qui n’évalue pas les risques que son fonctionnement génère, qui ne tient pas compte du fait qu’il peut aboutir à une destruction supérieure au bénéfice immédiat qu’il procure et sous-estime l’interdépendance des acteurs 2. » La logique de la course au profit – du « bénéfice immédiat » – est en effet à courte vue. Et la « concurrence non faussée » est aveugle à « l’interdépendance » systémique.
Un nouveau Bretton Woods ? Une gouvernance mondiale ? L’Union européenne n’a même pas été capable de mettre sur pied une Autorité des marchés financiers à l’échelle continentale, ni de s’entendre sur une définition commune des paradis fiscaux ! Dès octobre 2008, Laurence Parisot s’est empressée de préciser que l’État doit jouer son rôle en volant au secours de la finance, mais se retirer dès que les affaires auront repris leur cours lucratif. En clair, de socialiser les pertes avant de reprivatiser les profits. Après avoir admis que l’Etat est seul capable dans l’immédiat de « sauver l’économie et les banques », Jean-Marie Messier, ressuscité du purgatoire, s’empresse d’ajouter qu’il « faut prévoir de refermer le parapluie une fois la tempête passée » : l’Etat ne devrait être qu’un « passager de la pluie »3 !
Le plan de relance gouvernemental reporte le coût de la crise sur les travailleurs et les contribuables. A la veille du congrès de Reims, Martine Aubry faisait mine de découvrir que « s’attaquer à ceux qui ont utilisé le système sans s’attaquer au système lui-même est inopérant »4. Mais le Parti socialiste se contente aujourd’hui d’un contre-plan « équilibré » de mieux disant social sans aucune mesure radicale dans le sens d’un nouveau partage des richesses à l’avantage du travail : rien sur la nationalisation du système bancaire et la création d’un service public de crédit, rien sur une réforme fiscale radicale, rien sur une réorientation de la construction européenne.
« S’attaquer au système lui-même », ce serait s’attaquer au pouvoir absolu du marché, à la propriété privée des grands moyens de production et d’échange, à la concurrence de tous contre tous. Le libéral Nicolas Baverez lui-même définit la banque comme un « bien public de la mondialisation » : « Du fait de leurs caractéristiques, elles ont la nature d’un bien public5. » On s’attend à ce que, conformément à cette « nature », ce bien public revienne à une gestion publique sous contrôle public. Mais pour Baverez, l’Etat devrait au contraire assurer aux banques une « immunité illimitée » pour les pertes et une assurance tous risques pour les profits. S’attaquer au cœur du système, ce serait adopter un bouclier social pour protéger les travailleurs des conséquences de la crise. Il faudrait pour cela briser le carcan des critères de Maastricht et du pacte de stabilité, rétablir le pouvoir politique sur la Banque centrale européenne, abroger le Traité de Lisbonne, réorienter radicalement la construction européenne en commençant par l’harmonisation sociale et fiscale, et en initiant un réel processus constituant. Il faudrait au moins exiger, l’abrogation de l’article 56 du traité de Lisbonne interdisant toute restriction aux mouvements du capital financier ; et l’abrogation de la « liberté d’établissement » de l’article 48 qui laisse au capital la possibilité d’aller où les conditions sont le plus favorable et aux institutions financières la liberté de trouver asile où bon leur semble.
« Ce sera long »
S’il s’agit bien d’une crise systémique annonçant la fin d’un mode d’accumulation, les mesures de relance conjoncturelle auront un effet limité. Une sortie de crise débouchant sur l’émergence d’un nouvel ordre productif et d’un nouveau régime d’accumulation ne relève pas de la seule économie. Elle exige de nouveaux rapports de forces, de nouveaux rapports géopolitiques, de nouveaux dispositifs institutionnels et juridiques. Si la crise de 1929 fut « celle de l’émergence américaine », de quelle émergence la crise actuelle est-elle grosse ? D’une émergence chinoise ? D’une organisation multipolaire d’espaces continentaux ? D’une « gouvernance mondiale » ?
Alors qu’on invoque la nécessité d’un nouvel ordre monétaire mondial et de réponses globales, Giscard d’Estaing lui-même reconnaît que « la gestion économique de la crise en Europe est devenue durant la crise plus nationale qu’elle ne l’était avant son déclenchement » et que « les instruments d’intervention sont essentiellement nationaux »6. La crise accuse en effet les différences nationales et libère des tendances centrifuges. Au nom d’une « nécessaire correspondance des espaces économiques et sociaux », Emmanuel Todd se fait le champion d’un « protectionnisme européen »7 dans le but de « créer les conditions d’une remontée des salaires », afin que l’offre crée à nouveau sur place sa propre demande. La question n’est pas de principe ou de doctrine. Protéger ? Mais protéger quoi, contre qui, et comment ? Si l’Europe commençait par adopter des critères sociaux de convergence en matière d’emploi, de revenu, de protection sociale, de droit du travail, et par harmoniser la fiscalité, elle pourrait légitimement adopter des mesures de protection, non plus des intérêts égoïstes de ses industriels et financiers, mais des droits et des acquis sociaux. Elle pourrait le faire de manière sélective et ciblée, avec en contrepartie des accords de développement solidaire avec les pays du Sud en matière de migrations, de coopération technique, de commerce équitable, sans quoi un protectionnisme de riche aurait pour principal effet de se décharger sur les pays les plus pauvres des dégâts de la crise. Imaginer qu’une mesure de protection douanière entraînerait mécaniquement une amélioration des conditions sociales européennes, comme si elle était techniquement neutre dans une lutte des classes exacerbée par la crise, est une grosse naïveté : les travailleurs auraient les inconvénients des tracasseries bureaucratiques et frontalières sans les avantages sociaux. Un tel protectionnisme ne résisterait pas longtemps, à son impopularité dans l’opinion, ou bien il ne tarderait pas à basculer dans une « préférence nationale » (ou européenne) chauvine.
Refonder le capitalisme ou le combattre
À les entendre, les gouvernants d’hier et d’aujourd’hui, de droite et de gauche auraient tous et toujours dénoncé la folie systémique des marchés. La dérégulation n’a pourtant pas été le fait de la fameuse main invisible, mais de décisions politiques et de mesures législatives. C’est sous le ministère socialiste des finances de Pierre Bérégovoy qu’a été conçue, dès 1985, la grande dérégulation des marchés financiers et boursiers en France. C’est un gouvernement socialiste qui, en 1989, a libéralisé les mouvements de capitaux en anticipant sur une décision européenne. C’est le gouvernement Jospin qui, en privatisant plus que les gouvernements Balladur et Juppé réunis, a rendu le capitalisme français accueillant aux fonds d’investissement spéculatifs. C’est un ministre socialiste des finances, Dominique Strauss-Kahn qui a proposé une forte défiscalisation des fameuses stock-options, et c’est un autre ministre socialiste des finances, Laurent Fabius, qui l’a réalisée. C’est un Conseil européen à majorité social-démocrate qui a décidé en 2002 à Barcelone de libéraliser le marché de l’énergie et l’ensemble des services publics, de repousser de cinq ans l’âge de la retraite, et de soutenir les fonds de pension. C’est la majorité du Parti socialiste qui a approuvé la sacralisation de la concurrence gravée dans le projet de Traité constitutionnel européen de 2005. C’est encore elle dont le vote a permis l’adoption du Traité de Lisbonne confirmant la logique libérale de la construction européenne.
Pour les sauveteurs du Titanic capitaliste, la tâche s’annonce rude. Un nouveau New Deal ? Un retour à l’Etat social ? C’est oublier bien vite que la déréglementation libérale ne fut pas un caprice doctrinaire de Thatcher ou de Reagan. C’était une réponse à la baisse des taux de profit entamés par les conquêtes sociales de l’après-guerre. Après 1973, « l’incapacité des politiques keynésiennes relancer l’activité ouvre le champ à une surprenante contre-révolution conservatrice », rappelle Robert Boyer8. Revenir à la case départ, ce serait retrouver les mêmes contradictions. « Réguler sans transformer n’est pas régler », ironise fort à propos Jean-Marie Harribey.
Après la crise de 1929, il fallut, pour redistribuer les cartes de la richesse et de la puissance, et pour amorcer une nouvelle onde expansive, rien moins qu’une guerre mondiale. La mise en place d’un nouveau mode d’accumulation et l’amorce hypothétique d’une nouvelle onde longue de croissance supposent de nouvelles hiérarchies planétaires de domination, un redécoupage des nations et des continents, de nouvelles conditions de mise en valeur du capital, une transition du système énergétique. Un tel remue-ménage ne se résout pas à l’amiable entre chancelleries, sur le tapis vert, mais dans les luttes sociales et sur les champs de bataille. La crise, c’est bien, comme l’écrit Marx ; « l’établissement par la force de l’unité entre des moments [production et consommation] promus à l’autonomie ».
Ce n’est – vraiment - qu’un début
« La crise financière n’est pas la crise du capitalisme. C’est la crise d’un système qui s’est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a, en quelque sorte, trahi l’esprit du capitalisme. Je veux le dire aux Français : l’anticapitalisme n’offre aucune solution à la crise actuelle », martelait Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon. Le message est clair : l’anticapitalisme, voilà l’ennemi. Le président y est revenu, lors de son intervention au colloque sur la refondation du capitalisme, organisé à son initiative le 8 janvier 2009 par le Secrétariat d’Etat à la prospective : « La crise du capitalisme financier n’est pas celle du capitalisme. Elle n’appelle pas la destruction du capitalisme, qui serait une catastrophe, mais sa moralisation ». Il a reçu en la circonstance le vigoureux renfort de Michel Rocard : « Il faut commencer par cela : nous voulons sauver le capitalisme. » Ces déclarations de guerre sociale tracent une ligne de front entre deux camps. Discuter entre possédants des moyens refonder, réinventer, moraliser le capitalisme, ou bien lutter avec les exploités et les dépossédés pour le renverser : il faut choisir.
Personne ne saurait prédire à quoi ressembleront les révolutions futures. Du moins existe-t-il un fil conducteur. Ce sont bien deux logiques de classes qui s’affrontent. Celle du profit à tout prix, du calcul égoïste, de la propriété privée, de l’inégalité, de la concurrence de tous contre tous, et celle du service public, des biens communs de l’humanité, de l’appropriation sociale, de l’égalité et de la solidarité.
lundi 2 mars 2009
Appel de la coordination nationale étudiante d’Angers du 1er mars

Nous étudiants de 57 universités, réunis en coordination nationale à Angers les 28 février et 1er mars appelons à poursuivre et amplifier la mobilisation en cours contre la casse de l’université publique et de nos diplômes.
Le 1er ministre François Fillon a fait de premières annonces en réponse à la mobilisation : réécriture du décret sur le statut des enseignant-chercheurs, pas de suppressions de postes dans l’enseignement supérieur en 2010 et 2011 et la mise en place d’une commission de suivi de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants. Ces annonces sont insuffisantes et ne répondent pas aux principales revendications de la mobilisation qui touche la majorité des universités depuis un mois maintenant.
Les annonces de Fillon prouvent que le gouvernement craint cette mobilisation qui rassemble l’ensemble de la communauté universitaire : enseignants, étudiants et personnels. C’est pourquoi nous appelons les étudiants à poursuivre et à amplifier la grève pour obtenir satisfaction sur nos revendications
Nous exigeons l’abrogation immédiate de la LRU sans conditions, ni négociations. Nous soutenons l’ensemble des revendications de la Coordination Nationale Universitaire (CNU) qui appel à la convergence des luttes de la maternelle à l’enseignement supérieur et pour la première fois à l’abrogation de la LRU. Nous refusons les attaques qui frappent l’enseignement supérieur depuis plusieurs années maintenant et qui visent à soumettre l’université aux besoins des entreprises, à des logiques de compétitivité et de rentabilité. Le Plan campus, le plan licence (qui s’inscrivent dans la logique de la stratégie de Lisbonne et du processus de Bologne) mettent en concurrence les universités entre elles, soumettent le contenu des diplômes aux besoins immédiats du marché, individualisent les diplômes et cassent les garanties collectives des futurs salariés. L’application de la LRU renforce de manière importante cette logique, c’est elle qui permet aujourd’hui la mise en place des nouveaux décrets. C’est pourquoi nous demandons l’abrogation de la LRU et de ses conséquences : le retrait du décret sur l’allocation des moyens, le retrait du contrat doctoral unique. Nous exigeons un système d’aide sociale étudiant sur critères sociaux permettant de lutter contre la sélection sociale à l’université accrue par la LRU.
Nous exigeons le retrait pur et simple du décret sur le statut des enseignant-chercheurs. La mesure de modulation de service, qui est le cœur de cette réforme, va dégrader considérablement les conditions de travail des enseignant-chercheurs en réduisant leurs possibilités de faire de la recherche. Cette mesure va faire de l’enseignement une sanction. En déconnectant l’enseignement de la recherche, la qualité des enseignements et donc de nos diplômes va en pâtir.
Nous exigeons le retrait de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants (réforme dite des IUFM). Cette réforme ne fait que dégrader la formation des enseignants, en ouvrant les concours à bac + 5, elle ne fait qu’augmenter la sélection et en supprimant l’année de stages rémunérés après le concours, elle aggrave la sélection.
Nous appelons donc l’ensemble des enseignants et des étudiants à se mettre en grève et à faire cesser l’ensemble des cours par tous les moyens nécessaires (piquets de grève, blocages, barrages filtrants,...). L’arrêt des cours est le seul moyen pour permettre à tous les étudiants de pouvoir se mobiliser et de pouvoir dégager du temps libre pour construire la mobilisation. Sur les facs, nous devons briser la routine et mettre en place des piquets de grève, chercher à convaincre la majorité des étudiants de s’impliquer activement dans la grève.
La destruction du service public de l’enseignement supérieur, les suppressions de postes, s’inscrit dans une casse générale de tous les services publics (hôpitaux, poste…). L’individualisation de nos diplômes aujourd’hui c’est accroître la mise en concurrence des salariés sur le marché du travail demain (casse de nos statuts, de nos salaires). L’ensemble de nos protections collectives gagné hier est consciemment détruit aujourd’hui par la classe dirigeante.
C’est pour cela que la grève doit être généralisée à l’ensemble des secteurs aujourd’hui victimes de ces attaques. De même que l’ensemble de nos revendications sont légitimes, l’ensemble des revendications des habitants d’Outre-mer doivent être satisfaites. La combativité des travailleurs d’Outre-Mer, dans l’unité contre la classe dirigeante reste un exemple pour le mouvement social en France.
Nous exigeons la régularisation massive et sans conditions de tous les étudiants sans-papiers. Une carte étudiante=une carte de séjour.
Contre la casse du service public d’éducation, de la maternelle à l’université nous soutenons l’appel à la réunion des Etats Généraux de l’enseignement supérieur, pour que les étudiants prennent toute leur place dans la construction d’un projet alternatif progressiste pour l’enseignement supérieur.
Nous appelons l’ensemble de l’éducation, enseignants du primaire et du secondaire, lycéens, à se joindre à nous pour la défense de l’éducation publique, à rejoindre la grève et les manifestations appelées par la coordination des universités. Nous appelons à une journée d’action en direction du reste de l’éducation le mardi 3 Mars : nous invitons l’ensemble des universités à aller distribuer des tracts devant les lycées, les collèges ou les écoles pour les inviter à rejoindre la mobilisation. Nous appelons à une journée de manifestation le jeudi 5 mars.
Nous restons mobilisés pour obtenir :
- Abrogation de la LRU
- Retrait du plan licence
- Retrait de la réforme du statut des enseignants-chercheurs
- Retrait de la réforme du recrutement et formation des enseignants
- Retrait de la réforme de l’allocation des moyens, pour des financements 100% publics
- Pour l’embauche massive de personnel dans l’enseignement supérieur
- Pour la mise en place d’un véritable système d’aides sociales étudiant basé sur des critères sociaux
- Cadrage national des diplômes
- Titularisation de tous les personnels BIATOSS, ainsi que de tous les personnels du CROUS


