mercredi 22 avril 2009

Climat social : l'extension de la révolte







Le climat social se tend et les luttes se radicalisent.

A la fin de la première semaine d’avril, alors que les salariés de Sony, de 3M, de Caterpillar et de Scapa, qui vont être jetés à la rue parce que les patrons de ces groupes ont décidé de fermer leur usine, avaient déjà retenu pendant quelques heures plusieurs de leurs cadres, Sarkozy menaçait : « Je ne laisserai pas faire les choses comme ça. » La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, de son côté, parlant du mouvement des universités, condamnait « la violence, la séquestration des présidents et les menaces de boycott des jurys du bac».

Mais les actions dans les universités mobilisées comme celles des salariés licenciés ou en chômage partiel n’ont pas cessé pour autant, faisant au contraire tache d’huile. Sur un des sites de Faurecia, une filiale du groupe automobile Peugeot qui prévoit de supprimer 1215 postes, trois cadres ont été retenus pendant plusieurs heures. Chez ArcelorMittal, les syndicats de l’usine de Florange (Moselle), dont le trust ferme les deux hauts-fourneaux pour une « durée indéterminée » ont décidé d’occuper le centre d’aiguillage. A Valenciennes, où une grève avait débuté à Toyota le 6 avril pour le paiement à 100 % du chômage partiel, les salariés ont bloqué les accès de l’usine. Comme également ceux de Caterpillar à Grenoble et à Echirolles.

Et voilà que, grâce à leur détermination, les salariés d’ERDF-GRDF, dont la grève était ignorée d’une façon scandaleuse par les médias, ont réussi à percer le mur du silence. Fillon et Hortefeux ont violemment attaqué les grévistes et les « coupures sauvages » cyniquement taxées de « sabotages » par ceux qui n’ont eu de cesse de saboter le service public et de choyer les actionnaires des grands groupes responsables de la crise et des licenciements. Or les grévistes gaziers et électriciens n’effectuent pas des coupures au hasard, mais ciblent les immeubles administratifs, les centres commerciaux ou les zones industrielles. Mieux, ils ont dans certains endroits réalimenté des logements privés d’électricité pour facture impayée ou fait passer certains quartiers en tarif heures creuses, comme à Morlaix. De quoi faire se retourner les calomnies des ministres contre le gouvernement, ce qui, nous l’espérons, ne manquera pas d’arriver.

Ce qui inquiète le gouvernement, comme aussi les dirigeants du PS ou Bayrou qui ont condamné la « violence » tout en disant comprendre le « désespoir » des salariés, c’est que ces actions, ces occupations ou blocages d’usines, la grève des gaziers et des électriciens, sortent des cadres institutionnels à l’intérieur desquels ils voudraient les voir rester, sous le contrôle de la direction des appareils syndicaux. C’est là d’ailleurs, pour les classes dirigeantes, le revers de la passivité des directions syndicales. Les salariés, qui en ont assez des journées d’action sans lendemain, prennent des initiatives par eux-mêmes et s’organisent. Et ce n’est pas un hasard si l’éditorial du Figaro du 9 avril exprimait de la hargne contre le LKP en Guadeloupe ou la coordination nationale des universités, « collectifs d’individus qui parviennent à imposer leurs diktats au plus grand nombre. » Car, pour tous ces gens-là, contester la liberté de nuire de la minorité richissime qui décide du sort de millions de salariés, cela ne peut être que manipulation et dictature.

Face aux menaces du patronat et du pouvoir, il est plus que jamais nécessaire que soit apporté un soutien unitaire, le plus large possible, à ces luttes, d’aider à leur convergence et à ce qu’elles puissent déboucher sur une grève générale.


jeudi 9 avril 2009

Stratégie syndicale en question : la mobilisation est mise au chômage partiel









Les plans de suppressions d’emplois, les fermetures d’entreprises se multiplient et la colère monte chez les salariés concernés.

Le gouvernement et le patronat veulent profiter de la crise pour avancer dans les réformes libérales et les actionnaires entendent bien maintenir leur marge en utilisant les salariés comme variable d’ajustement.

Après le 19 mars, comme au soir du 29 janvier, les millions de grévistes et de manifestants n’ont pas réussi à infléchir cette politique…Alors, que faire ? Un important sentiment d’incompréhension s’est répandu depuis 15 jours dans les milieux syndicaux combatifs.

L’unité syndicale maintenue est sûrement un atout pour mobiliser ensemble. Mais c’est un outil pour gagner, pas une fin en soi…

Alors, le 1er Mai comme seule perspective ? Qui peut dire sérieusement que le but des directions confédérales est de construire un rapport de force pour faire mettre un genou à terre au patronat et au gouvernement, comme l‘ont fait les Guadeloupéens ?

Ce n’est visiblement pas leur but. La direction CFDT a le mérite de la clarté, elle qui disait clairement qu’il n’était pas question de nouvelle date de grève et qui se satisfait des « débuts de réponses » que sont pour elle la création du « fonds d’investissement social », et le décret-bidon sur les rémunérations des dirigeants d’entreprises qui va toucher quelques dizaines de patrons, au plus !

LA CGT, plus discrète à applaudir les « avancées » du gouvernement, l’est, malgré tout, tout autant pour avancer un projet de mobilisation d’ensemble….et met toutes ses forces pour un 1er Mai massif et unitaire en proclamant que les salariés « jouent la gagne ». De même Force Ouvrière qui tout en menaçant d’une nouvelle journée de grève, se satisfait du cadre de l’Intersyndicale.

La FSU avait manifesté la nécessité d’une nouvelle journée au mois d’avril, et Solidaires dans un communiqué de son Bureau national réaffirme « Si une grève générale ne se décrète pas, ne pas proposer cette perspective, ne pas l’organiser, c’est faire en sorte qu’elle n’ait pas lieu. Au contraire, nous pensons qu’il est de la responsabilité du mouvement syndical, aujourd’hui, d’y travailler. ». C’est vrai, et justement ce n’est pas le chemin que prend le front intersyndical. Pas plus qu’il ne cherche à souder ensemble les salariés des entreprises touchées par les plans de fermetures et de suppressions d’emplois pour réaliser une mobilisation nationale pour interdire les licenciements et défendre tous les emplois.

A ce jeu de saute-mouton, une nouvelle initiative (peut-être ?) au mois de juin et les vacances d’été arriveront.

La stratégie de l’essentiel des directions syndicales est seulement de rappeler leur présence au gouvernement et à Sarkozy pour tenter d’obtenir quelques limites à l’offensive patronale. Mais elles n’envisagent nullement de construire un mouvement d’ensemble, une grève générale qui imposerait l’interdiction des licenciements, le paiement à 100% par le patronat du chômage partiel, et de réelles augmentations de salaires.

Pourtant, l’aspiration existe réellement pour aller dans ce sens. Des revendications de cet ordre, et d’autres plus détaillées, apparaissent dans des déclarations d’intersyndicales locales, de syndicats CGT, dans l’appel de Solidaires. Ces mêmes appels critiquent la tactique de journées ne visant pas réellement à créer un rapport de force.

Il faudra faire en sorte que ces voix se fassent entendre et dépassent les blocages existant dans le mouvement syndical.

mardi 7 avril 2009

Intervention d'Alex Lollia, membre du LKP, au meeting du NPA (2 avril 2009)

Le NPA dans la manifestation de Strasbourg contre l'OTAN et contre l'impérialisme

Pendant ce temps, du côté des classes dominantes...













La crise actuelle complique les projets de la classe dominante. Elle contraint d’abord le pouvoir politique à théâtraliser un pseudo-divorce avec le patronat et à substituer un discours "moralisateur" au discours "décomplexé". Surtout, au-delà des belles paroles, la classe dominante navigue à vue, tiraillée entre deux stratégies qui s’exprimeront lors du sommet du G20 le 2 avril.

D’un côté certains, comme l’économiste en chef de l’OCDE, Klaus Schmidt-Hebbel, estiment que « la débâcle dans le secteur financier ne remet pas en question les effets bénéfiques des réformes recommandées des marchés de produits et du marché du travail ». De fait, le G20 ne traitera que du secteur financier. Et derrière la vieille rengaine de la compétitivité et de la flexibilité, il y a l’injonction à se mettre en ordre de bataille pour la reprise en 2010. En France, l’accroissement des déficits induit par la crise sert indirectement de justification à la RGPP (non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux) où aux attaques contre l’hôpital public (loi Bachelot). L’économiste sarkozyste Nicolas Baverez n’écrivait-il pas cet automne que « le libéralisme est le remède à la crise » (Le Monde, 15/10/08) ?

D’un autre côté, l’inquiétude gagne la classe dirigeante. Non seulement l’incertitude est grande concernant la reprise, mais les prévisions pour 2009 sont continuellement revues à la baisse. Par exemple en Allemagne, le Ministère de l'économie, qui déclarait en janvier que la contraction du PIB serait de l’ordre de 2,25% en 2009, reconnaît aujourd’hui que ce diagnostic est dépassé. La Commerzbank (2ème banque du pays) estime même que le PIB pourrait y reculer de 7%. De son côté, le FMI a indiqué, dans une note préparatoire à la réunion du G20, qu'il prévoit désormais une baisse du PIB mondial comprise entre 0,5 % et 1 %. La contraction serait de 2,6 % aux USA, et de 5,8 % au Japon. La classe dominante est en train de prendre la mesure d’une crise générale, systémique.

Alan Greenspan, l’ancien Président de la FED, a prévenu, dans un entretien accordé au Financial Times, que la nationalisation du système bancaire américain sera nécessaire. Alors qu’il jubilait avant la crise parce que « l'hyper-capitalisme est hyper-sympa» (Le Monde, juin 2007), le journaliste ultralibéral Eric Le Boucher déchante et lance un appel à l’aide: « le système financier occidental est sur le point de mourir. Il est donc temps que les gouvernements prennent la mesure de cette dépression qui vient, adoptent des plans de sauvetage monstrueux et, probablement, nationalisent l'ensemble des banques mondiales, ou presque » (Les Echos, 13/01/09). De même, Jacques Attali, qui souhaitait en novembre 2008 « que les champions de la finance puissent s’exprimer et influencer » les autorités de régulation, insiste à présent sur le risque d’effondrement général1.

Ces déclarations résument bien le désarroi de la bourgeoisie. Dans ces conditions, certains essayent de jouer les sauveurs suprêmes. Dans une lettre ouverte à ses « amis de la classe dirigeante » (Le Figaro, 23/03/09), Alain Minc leur prodigue ses bons conseils non sans avoir rappelé avec lucidité : « nul ne peut me soupçonner d'être votre ennemi ». Il appelle le patronat à la modération (« mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau ? ») et rappelle les vertus de la collaboration de classe : « les syndicats essaient de canaliser tant bien que mal le mécontentement et donc de préserver l'ordre social. » Ne cachant pas son mépris pour « le grondement populiste », Minc se garde bien de rappeler que l’explosion des inégalités est à l’origine d’une crise de surproduction ! Quand bien même le patronat écouterait les appels de son laquais à prendre garde au « poids des symboles », quand bien même le G20 prendrait quelques mesures pour la « transparence » et la « surveillance » des marchés financiers, cela ne peut suffire à faire repartir ce système fondé sur l’exploitation.

G20 : tout changer pour que rien ne change...










Réunis à Londres, à l’abri de manifestants violemment réprimés par la police, les dirigeants du G20 se sont accordés pour affirmer une volonté commune… de continuer.


On allait voir ce qu’on allait voir. Sarkozy s’affirmait même prêt à claquer la porte du sommet du G20 si ses exigences de « refondation du capitalisme », qu’il affirmait partagées par la chancelière allemande Angela Merkel, étaient ignorées par les Etats-unis et la Grande-Bretagne…

La comédie aura pris fin sans autre gloire que celle d’un décorum convenu, dans un communiqué commun sans consistance et une auto-satisfaction affichée par tous ces soi-disant maîtres du monde. Sarkozy s’est dit « heureux » d’un G20 qui « va au-delà de ce que nous pouvions imaginer ». Strauss-Kahn a été encore plus enthousiaste, déclarant : « Les pays du G20 ont décidé de réformer en profondeur l'organisation financière internationale, ce qui n'avait jamais été fait à ce point depuis les accords de Bretton Woods en 1945. »

Les paradis fiscaux ? Sarkozy aurait obtenu de haute lutte … la publication d’une liste noire, déjà connue de tous, chose à laquelle Obama en personne l’aurait aidé. La règlementation du système financier ? Des vœux pieux concernant les rémunérations des traders ou les hedge funds qui seraient réglementés et soumis à plus de transparence comme l’intention en a été maintes fois affirmée par le passé. De l’esbroufe, à l’échelle internationale cette fois, mais à peu près du même tonneau que le décret pris par le gouvernement français pour limiter les bonus des patrons des entreprises renflouées par l’Etat.

Cela dit, les dirigeants du G20 se sont bel et bien entendus, au-delà de leurs intérêts particuliers et divergents, pour laisser croire qu’ils auraient la situation en main et agiraient ensemble pour lutter contre la crise. Mais leur volonté commune se borne à tenter d’éviter un effondrement du système en appliquant les mêmes recettes que celles qui ont conduit à la crise. Sarkozy se vante d’avoir contraint la Chine, mais c’est lui-même qui a fait allégeance à celle-ci en affirmant que le Tibet en était partie intégrante. Car la Chine, c’est 2000 milliards de dollars de réserves et le principal acheteur des titres de la dette américaine.

Le Fonds monétaire international sera doté d’un fonds de 1100 milliards de dollars afin de prévenir la faillite -prévisible et déjà effective pour certains- des Etats des pays émergents contre de nouveaux sacrifices imposés à leurs populations.

Au même moment, l’OCDE prévoyait une baisse de la production de 4 à 7% dans les pays du G20. Aux Etats-Unis, le secrétaire du Trésor annonçait un nouveau plan prévoyant le rachat par l’Etat des actifs toxiques des banques pour quelques centaines de milliards de dollars supplémentaires et Obama sommait les dirigeants de General Motors dont il vient de congédier le PDG, d’accélérer la restructuration du trust –et donc les licenciements- pour prétendre à de nouvelles aides de l’Etat.

Le G20, un « tournant », comme l’a prétendu Obama ? Non, une démonstration de plus que les Etats des grandes puissances n’ont pas d’autre objectif que de sauver les profits et faire payer la crise aux populations.